La
Collection
Deux siècles de photographie ·
4 Publications thématiques
Depuis 1979 et l’ouverture de sa galerie face au Centre Pompidou, Viviane Esders n’a cessé de construire, œuvre après œuvre, une collection fondée sur des rencontres personnelles et singulières plutôt que sur la spéculation. Aujourd’hui forte de plus de 2 500 tirages des XXe et XXIe siècles, cette collection, jamais montrée dans sa totalité, entre dans sa vie publique.
Portraits, architectures, objets industriels, scènes de fête, mélancolie des bars et des rues : les thèmes qui traversent la collection reflètent une sensibilité construite sur quarante ans de proximité avec les photographes, les galeristes et les institutions du monde entier.
La collection n’est pas figée : Viviane Esders continue de collecter, attentive aux nouvelles acquisitions qui viennent enrichir et prolonger ce regard au fil des années.
©Robert MAPPLETHORPE Calla Lily, 1984 – Courtesy of Viviane Esders
2 500+
Tirages & toujours en cours
40 ans
De collecte active
4 volumes
Extraits thématiques
Les volumes de la collection
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La collection compte aujourd’hui trois volumes thématiques publiés, un quatrième étant en préparation. Chacun propose une sélection d’œuvres choisies autour d’un axe commun, une fenêtre sur une collection qui reste, dans sa totalité, bien plus vaste et continue de s’enrichir.

Volume I
Coup de cœur
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Volume II
Femmes photographes
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Volume III
Portraits
Feuilleter le livre →Volume IV
Enfance
À paraîtreLes Krims à Nan Goldin : 10 récits
« Cette collection incarne l’œuvre de ma vie : une addiction à l’image. Le souci de la spéculation n’a jamais été mon objectif. Mes choix, engagés dans les interstices de l’histoire de la photographie, m’ont portée à privilégier des images pertinentes dans l’œuvre des grands maîtres avec lesquels je partage la même sensibilité. Loin des icônes inabordables pour moi, j’ai privilégié des photographies singulières s’intégrant à mon univers sensoriel et émotionnel. Au fil de mes expériences de vie et de ma curiosité insatiable, mes goûts ont évolué vers des disciplines et des esthétiques différentes. » Viviane Esders
Les Krims
The Static Electric Effect of Minnie Mouse on Mickey Mouse Balloons, 1968
Ma première acquisition fut une image du photographe américain Les Krims, entrevue dans la vitrine de la galerie Claude Givaudan. « The Static Electric Effect of Minnie Mouse on Mickey Mouse Balloons » pour 300 francs. Au premier regard, elle me provoqua un choc récréatif et burlesque. Une adolescente nue pose de face devant une croix formée de ballons à l’effigie de Mickey Mouse. Dans cette scène énigmatique, elle porte un masque de Mickey. Est ce une ode à la nudité devant une provocante représentation de la Croix? L’évocation d’un Christ féminin, issue des symboles de la contre culture américaine des années 60, me traverse l’esprit, puisque la photographie date de 1968. Un mélange détonant de bandes dessinées et d’images pieuses qui émergeait de l’iconographie de l’époque. L’auteur évoque dans le titre «l’effet de l’ électrique statique « de la foi. Il nous ouvre des portes d’interprétation; soit un acte fantaisiste dérisoire telle une plaisanterie noire, soit une moquerie pour accentuer la perversité de la scène comme dans un conte cruel de notre enfance. Cette image a soulevé en moi une vraie question liée à la réalité que j’ai ressentie.

Robert Frank
Pablo, 1958 NYC
Mon immense admiration pour Robert Frank a commencé par la lecture de son ouvrage « Les Américains ». Sa vision posée sur la société américaine avec son œil extérieur d’étranger et son ironie m’ont troublée. Les 83 photographies de ce recueil m’ont aidée à comprendre ce que j’avais observé lors de mon premier voyage aux Etats Unis comme collégienne. Traversant ce pays de la frontière canadienne jusqu’à la Géorgie, je me souviens de nos stops en bus Greyhound dans des petites villes. À chaque étape, nous étions fascinés par la diversité des populations. Des rencontres avec toutes les classes sociales dans des États si différents. Un kaléidoscope stupéfiant et déroutant: des protestants blancs anglo saxons ( les wasp ) de la Nouvelle Angleterre, aux fermiers de Virginie et aux blacks du Sud avec leur accent trainant incompréhensible pour nous, leurs repas épicés accompagnés de musique soul. À l’époque, comme le suisse Robert Frank, j’ai ressenti ces différences de classe et de race, totalement inattendues pour une étudiante issue de la bourgeoisie parisienne. Ne pouvant m’offrir une icône du maître, j’ai acquis le portrait de son fils Pablo à un prix raisonnable dans une vente aux enchères. Sur cette image réalisée à New York en 1958, ce garçon de 7 ans me regarde droit dans les yeux avec son visage lumineux auréolé d’une frange noire irrégulière. Il me semble que sa bouche entrouverte retient par timidité une phrase ancrée dans son esprit. Des ronds de lumière pleins d’espoir ont l’air de s’échapper de sa tête. Flottant dans un décor sombre et impénétrable, il émane de sa personne une innocence associée à un air désenchanté. J’aimerais tellement lui parler.

Philip-Lorca diCorcia
Eric Hutsell, 27 years old, Southern California, $20, 1994
Sans connaître l’œuvre de ce photographe, j’ai flashé sur une image très cinématographique. La nuit, dans une station service, apparaît un immense panneau Gazoline, violemment illuminé avec les prix des carburants en lettres rouges sur fond blanc. À demi caché, je découvre un jeune homme, vêtu d’une chemise blanche et d’un pantalon foncé. Que fait- il là debout sous un lampadaire ? Dans un second temps, cherchant une explication, je lis le titre de l’œuvre: « Eric Hutsell; 27 years old; Southern California; $20; 1994 ». À la suite d’une demande de bourse auprès du Fonds national pour les Arts, l’auteur a obtenu en 1990 une somme de 33.000 $. Son projet consistait à trouver à Los Angeles, principalement dans la « Boystown », des prostitués mâles acceptant de poser pour lui. Préparant minutieusement à l’avance ses décors, les garçons recevaient la somme demandée pour leur prestation. Apparaissent dans le titre, le prénom et nom du « hustler », son âge, le lieu où il se trouve, le prix de la passe et la date de prise de vue. Cette image m’évoquait plutôt un casting pour une publicité de mode ou la préparation d’une série télévisée. Très mélancolique, cette scène traduit le rêve hollywoodien de jeunes hommes paumés.

Bernd et Hilla Becher
Fours à chaux, Hollande, 1963
Mon attirance pour l’architecture spécifiquement industrielle vient de mon grand père Armand Esders, industriel dans le textile. Ami d’Auguste Perret, il lui de manda en 1919 de construire des Ateliers de confection, rue Philippe Auguste à Paris 11e pour abriter 2000 machines à coudre rapportées des États Unis. Une nef de béton de 20 mètres de portée sur 40 mètres de longueur, prouesse technique de béton armé. Je ne peux qu’être admirative des typologies photographiques des Becher, hauts fourneaux, cheminées d’usines, châteaux d’eau ou silos à grains. Lors de leur travail conçu avec rigueur, ils utilisent toujours la même lumière, le même cadrage, la même technique. J’aurais souhaité acquérir une série complète de 9 panneaux, Mais leur cote très élevée, dès les années 90, m’en a empêchée. L’unique image dans ma collection, un tirage vintage de 1963, représente deux fours à chaux en Hollande. Ces inventaires photographiques possèdent une part d’irréalité, tels des souvenirs d’une civilisation en voie de disparition, comme les pierres dressées de Carnac, vestiges de la préhistoire. J’enrichis régulièrement ma collection d’images de machines industrielles, réalisées par des photographes professionnels du début du 20e siècle, avec leurs formes sphériques m’évoquant des boules et des globes de géants.

Sandy Skoglund
The Wedding, 1994
Dans les années 80, particulièrement aux Etats-Unis, j’ai rencontré des photographes femmes imaginant des mises en scène conceptuelles réalisées en studio comme des tableaux vivants. Sandy Skoglund conçoit et construit l’ensemble d’une scène fictionnelle qu’elle va photographier, puis détruire après la prise de vue. Cette entreprise de décor, costumes, fabrication des objets, peut durer plusieurs mois. Ses installations imaginaires symbolisent une histoire inventée, s’apparentant à des allégories surréalistes. Sandy Skoglund est une des femmes les plus influentes de cette mouvance appelée « Fabricated images ». Plus tard, investiguant les ventes aux enchères, j’acquis plusieurs œuvres de grand format, dont « The Wedding » de 1994. Dans un univers rouge vif, les murs couverts de roses grises réalisées en terre, un homme et une femme, vêtus de tenues de mariage rouge, se tiennent à distance. Lui semble se rapprocher d’elle qui reste collée au mur. Au centre, une somptueuse pièce montée rouge, le gâteau de mariage. Cette scène m’inspire de la peur plutôt que de l’amour. Va-t-il l’embrasser ou la violenter ? Et que cache cette pyramide rouge dégoulinant de confiture ou de sang ? Peut être la préfiguration d’un grand amour ou d’un crime passionnel? Je serai toujours déconcertée par cette fiction fantastique entre réalité et artifice. Une grande artiste !

Dieter Appelt
Autoportrait au miroir
Dieter APPELT m’impressionne par son travail autour de l’autoportrait, genre artistique très pratiqué par les photographes et qu’il maîtrise dans l’ensemble de son œuvre, dont je possède un grand nombre de tirages d’époque. Debout devant son miroir, il se présente de dos et découvre son visage. Sur fond noir, il fait apparaître par ses jeux de lumière, certains traits de l’arrière de sa tête et son visage lui apparaissant dans un nuage de buée. Cet acte très intime reste énigmatique. Un contact avec lui-même, transformé par cet acte du souffle, enclenche un dialogue entre le réel et son double. Cherche t’il une trace de vie dans cet acte éphémère ? Une autre interprétation possible de cette image me semble toucher à l’essence de la vie et de la mort. Comme au moment où l’homme rend son dernier souffle, il voudrait passer de l’autre côté du miroir. L’ensemble de l’œuvre de Dieter Appelt me fascine par sa force, sa persévérance et les messages qu’il fait passer, comme dans la série de 9 panneaux représentant ses mains formant un alphabet.

Thu Van Tran
Photogramme de résidus
Sensible aux expérimentations photographiques et aux recherches sur la transformation des couleurs, je suis tombée en arrêt devant cette œuvre dans une dynamique galerie belge. Je ne connaissais pas Thu Van Tran, née au Vietnam et vivant en France depuis son enfance. Dès le début de sa pratique, elle travaillait avec du papier, matière vivante, pétrie mentalement et physiquement par ses soins au fil du temps. Cette œuvre réalisée sans appareil photographique, appelé photogramme, a été exposée à la lumière du jour pendant plusieurs mois dans son studio. La chimie, colorant le papier, produit une image abstraite. Ma fascination pour ce procédé réside dans l’extraordinaire puissance de la lumière, partie intégrante du travail de l’artiste, incontrôlable selon l’heure et la saison. « Ce contact entre des différents matériaux peut révéler la vérité à travers la fiction » dit-elle. Je suis heureuse d’avoir acquis une de ses premières réalisations liée à la photographie. Elle a rapidement élargi son champ de recherche en réalisant de magistrales installations comme celle présentée à la Biennale de Venise en 2017. Aujourd’hui, sa démarche reprend la forme de photogrammes autour des enjeux du vivant et de notre écosystème.

Nan Goldin
Self portrait in my blue bathroom, Berlin
Nan Goldin me fait craquer de bonheur, de noirceur ou de terreur. Dès ma première rencontre dans son loft du Bowery à New York, puis dans son atelier de Berlin ou à Paris dans sa caverne d’Ali Baba, je n’ai jamais cessé de suivre son parcours. Sa « Ballad of Sexual Dependency » fut une bombe dans le paysage photographique des années 80. Son journal quotidien ( diary) de la scène punk new wave et LGBT parle de fêtes, de paillettes, de chagrins et du sida. De jour comme de nuit, elle photographie ses amis et ses proches, Jimmy, Joey, Amanda, Brian, Suzanne .. Son audace impudique et transgressive dans sa façon de ne rien cacher, blessures, cicatrices, traces sur les corps, déclenche en moi une vague d’émotions, des frissons qui parcourent tout mon corps. Dans son « Autoportrait dans la salle de bain bleue » Nan présente à son miroir un visage au teint éclatant, des lèvres rouges et sa chevelure frisée, interprété par certains comme une lueur de bonheur, à mon avis bien passagère. Pour ma part, je vois dans ses yeux un regard quelque peu interrogateur sur sa propre personnalité qui l’obsède. La serviette blanche et les reflets scintillants sur le mur adoucissent la présence de ces carreaux bleu foncés qui l’emprisonnent dans cette salle de bains sans fenêtre. Les photographies de la Ballad je les voudrais toutes. Et aussi ses autoportraits, l’œil au beurre noir, juste après l’amour, Milagro la croix au dessus du lit et le portrait avec les yeux tournés vers l’intérieur. C’est cette immense force que j’admire le plus dans la vie et l’œuvre de Nan avec son cœur si généreux.

Tom Drahos
Metamorphoses Les Rochelois, Roche et Bobois, 1980
Un homme singulier, ce tchèque, né en 1947, arrive en France pour suivre des études de cinéma à l’IDHEC. Fasciné par la consommation occidentale qu’il découvre à Paris, il arpente les Champs Élysées pour un premier reportage en noir et blanc sur les boutiques de luxe et leurs clients. Dans la série « Les Rochelois, Roche et Bobois » de 1980, son imagination et sa dérision explosent dans ses images fabriquées. Sur des pages du catalogue de la marque d’ameublement, il plante un couple, Les Rochelois. Deux têtes carrées en pâte à modeler, les yeux exorbités au milieu d un enchevêtrement de tuyaux et de branches incarnant parfaitement le slogan de Roche et Bobois à l’époque : ” La vraie vie commence à l’intérieur ”. Depuis Tom Drahos a créé des séries de constructions délirantes avec des matériaux simples, autour de l’architecture, de la ville, de la guerre sous entendant une philosophie très particulière de la vie. Un artiste aujourd’hui trop méconnu avec une création proliférante et multiforme qui a déconcerté les amateurs pendant 40 ans. Mêlant photographie avec plusieurs autres médias, ses expérimentations de matières et de découpages, comme dans le « Cycle de Jaïna », cette religion orientale, relèvent d’une méditation onirique. L’artiste dit: ” c’est à partir du refus du cadre qu’une partie de mes recherches se forme… je suis convaincu que pour trouver une véritable liberté la photographie devrait procéder par la soustraction ” Tom Drahos m’a toujours fascinée par sa recherche perpétuelle sur la ” voie de la substance ” pour aboutir à une vision globale de l’univers.

Franco Fontana
Paysage abstrait en couleur
La couverture bleue de l’ouvrage Skyline, publié en 1978, me replonge dans l’œuvre de Franco Fontana. Dans ma bibliothèque, il trône avec la dédicace du photographe. La première exposition à Paris fut dans ma galerie en 1981, puis une seconde en 1983 m’ont liée d’amitié avec lui pour toujours avec mes voyages studieux et gastronomiques chez lui en Emilie-Romagne.
Ce grand maître italien, né à Modène en 1933, a inventé le paysage moderne abstrait en couleur. Purement photographiques, ses compositions simples, mettant en relief les lignes géométriques horizontales ou verticales des collines italiennes, font penser aux œuvres de Mark Rothko ou de Barnett Newman.
Éliminant tout élément du monde visible, évitant tout réalisme, sans chercher la représentation, Franco Fontana a inventé un « concept de ligne », un paysage transformé en géométrie. Son œil résolument moderne, capte les lignes d’un champ, bandes de couleur superposées, vert foncé, jaune clair sous un ciel bleu pâle devenant dessin de la nature.
Cette image de mer avec ses différentes couches de couleur me plonge dans un espace immatériel. Au premier plan, une ombre noire ondulante, puis le sable blanc, un trait marron, un autre vert et la mer bleue se confondant avec le ciel.
Une autre image coupée en deux, montrant une plaine jaune vif sous un ciel bleu intense où flottent deux nuages blancs me fait penser à un tableau surréaliste de René Magritte.
Dès les années 70, Franco Fontana, photographe coloriste créatif et avant-garde, a compris et transmis l’essence même de notre environnement avec ses espaces immatériels et son harmonie spirituelle.

Artistes de la collection
164 artistes
